lundi 24 avril 2017

Essai final: La Chine est-elle "devenue capitaliste"?



Touron Sophie
                                   

Sujet : La Chine est-elle « devenue capitaliste »?


Au regard du statut économique de la Chine et de sa puissance, on peut dire que le pays a connu une brusque évolution sur le plan politique et économique, surtout depuis l’ouverture au monde de son économie en 1978 par Deng Xiaoping,  deux ans après la mort de Mao Zedong. Le succès de cette réadaptation à l’économie mondiale s’est traduit en 2001 par l’entrée de la Chine à l’OMS. Depuis, le pays n’a eu de cesse de montrer que politique autoritariste et économie faisaient bon ménage chez elle. Néanmoins, si aujourd’hui son économie semble plus résistante aux crises économiques que traversent les pays occidentaux, la Chine, de plus en plus, suit un schéma économique quasi identique. En effet, si l’on s’en tient à la stricte définition du capitalisme, qui est un « Système économique et social qui se caractérise par la propriété privée des moyens de production et d'échange et par la recherche du profit », alors la Chine figurerait au rang des pays capitalistes. Cependant, le gouvernement chinois récuse cette appellation et lui préfère celle d’  « économie socialiste de marché ». Par ailleurs les travaux de Marie-Claire Bergère[1] et de Jean-François Huchet[2] exposent l’importance et l’actualité du sujet. Il est donc intéressant d’analyser les mécanismes qui ont conduit à ce changement de type d’économie et de comprendre à quel degré ce capitalisme d’État (ou supposé tel) dont Pékin se revendique est différent du capitalisme tel qu’on l’entend et ce qui en découle pour l’Etat chinois. Bref, existe-t-il une singularité chinoise du capitalisme ?


            Pour comprendre ce revirement radical dans la politique économique adoptée en 1978 par le Parti Communiste Chinois (PCC), il nous faut revenir quelques années auparavant, au moment du Grand Bond en Avant (1958-1960) . Il s’agissait alors de lancer le pays dans des efforts considérables de production collectiviste agricole et industrielle mobilisant la population chinoise. Ce fut une catastrophe, qu’il s’agisse du nombre de victimes humaines (entre 30 et 55 millions) ou de l’effondrement global de l’économie. Ce fiasco entacha fortement l’image du Parti et de son leader Mao et instaura la défiance de la population chinoise envers ses dirigeants. La planification de l’économie, au cœur du dogme communiste, ne pouvait donc perdurer après cet échec cuisant, et la mort de Mao permit le retour au pouvoir de personnalités politiques modérées  conscientes de la nécessité de redresser l’économie du pays. 

  C’est donc à Zhou Enlai, puis à Deng Xiaoping que la Chine doit l’adoption progressive d’une économie davantage capitaliste grâce à une politique de réforme et d’ouverture 改革开放 qui consiste à permettre la modernisation de la Chine et sa reconversion en économie socialiste de marché, sans toutefois abandonner le système autoritaire politique avec le Parti à la tête du pays. Deng Xiaoping entend mettre en place pour la Chine un modèle économique valide, c’est pourquoi il commence par une réforme dite des Quatre Modernisations (1978-1997) où la priorité est donnée à l’agriculture, l’industrie, la défense et les sciences et techniques, en permettant dans le même temps la privatisation de l’économie et favorisant l’entreprenariat. Pour cela, dès 1979, il engage la création de Zones Economiques Spéciales dans certains ports chinois pour favoriser l’arrivée d’investissements étrangers ainsi que des zones franches, pour ouvrir progressivement l’économie du pays. Ces réformes d’abord contestées ont dû surmonter les réticences des conservateurs à l’intérieur de la classe dirigeante, avant de s’accélérer dès 1997. Alors des restructurations massives d’entreprises d’État marquent une autre étape fondamentale du processus de modernisation de l’économie. Enfin, l’entrée de la Chine à l’OMC en 2001, puis l’officialisation en décembre 2016 de son statut d’économie de marché, prévue lors de son entrée dans cette instance, impose la Chine parmi les économies libérales, ce qui légitime la politique économique suivie jusqu’alors au sein du Parti qui ne cherchera plus à revenir en arrière.

          Pour autant, peut-on dire que la Chine est devenue capitaliste, ou faut-il voir seulement dans son abandon de certains dogmes marxistes une opportune adaptation ? De fait, ériger la croissance économique en nouveau dogme politique avec le parti aux commandes de l’économie marque une réelle rupture. Cependant, si désormais l’axiome « Devenir riche est glorieux » semble être encouragé par la classe dirigeante et que celui-ci est pris au mot par la population parfois d’une façon  excessive et désordonnée, il n’en demeure pas moins que l’État chinois entend toujours en contrôler le processus. En effet, il intervient de façon plus ou moins discrète à divers niveaux dans l’économie, notamment lors de la crise de 2008 (plan de relance), ou lorsqu’il maintient délibérément le yuan à un taux bas pour que la monnaie officielle reste très compétitive sur le marché monétaire international, ou bien lorsqu‘il influe sur les taux d’intérêt bancaires pour favoriser les entreprises. D’autre part, dans le cadre d’une politique volontariste, certaines entreprises ont été choisies pour devenir des acteurs utiles au pays, soit qu’elles  permettent un approvisionnement en matières premières indispensables (en Afrique par exemple), soit qu’elles facilitent un positionnement stratégique (par le biais du rachat d’entreprises de technologies de pointe ou qui ont une image de marque) ou qu’elles soient des entreprises prometteuses au plan mondial. Mais, récemment, la Chine a rappelé à l’ordre certaines de ses entreprises qui investissaient sans compter à l’étranger dans l’immobilier car cela représentait une importante fuite des capitaux, sans bénéfice immédiat pour le pays. Ainsi, malgré l’apparente libéralisation de l’économie, l’Etat maintient un contrôle sur les mécanismes économiques qui pourraient perturber sa bonne marche.

           Si cet appareil d’Etat surveille toujours les moindres fluctuations économiques et veille à ce qu’aucun grain ne vienne enrayer la bonne marche de l’économie, c’est bien parce qu’au-delà des intérêts économiques, le Parti peut difficilement désormais jouer sur le registre idéologique pour trouver un écho favorable au sein de la population. En effet, ainsi qu’évoqué en amont, les années post-Mao ont été caractérisées par une certaine désillusion à l’égard de l’idéologie maoïste au vu des dégâts incontestables qui ont découlé de son application. Beaucoup de personnes en ont souffert, dont également la classe dirigeante, qui, aujourd’hui, est composée de personnalités politiques de la 2ème génération. Cette classe dirigeante a conscience que la recherche de l’aisance matérielle est un argument fédérateur qui lui assure une relative tranquillité politique. Sans oublier ses fondamentaux, le Parti a changé légèrement d’optique dans sa façon d’envisager sa relation avec la population. Ainsi ses adhérents actuels sont recrutés parmi les jeunes et des élites de la nation (nouveaux riches, étudiants brillants…). Pour autant, croire comme certains penseurs occidentaux que cette libéralisation économique pourrait engendrer un mouvement vers la démocratie paraît discutable. En effet, la place de la Chine dans l’OMC (2001) a été confortée en 2016 sans que des changements majeurs en matière de respect des Droits de l’Homme aient été consentis.

          Ainsi, on peut dire que le Parti a parié sur une transformation de ses objectifs idéologiques sans toutefois renoncer à son autoritarisme. Cet autoritarisme lui semble, d’une certaine façon, nécessaire au regard des nouveaux défis qui se présentent à lui et qui pourraient peut-être constituer une menace pour l’avenir du pays. Aussi, dans l’actuel système économique, le rôle de l’État est toujours de contrôler, de réguler et d’orienter l’économie du pays, notamment grâce aux liens étroits qui existent entre les cadres dirigeants de l’État-Parti et les dirigeants des grandes entreprises(la grande majorité des 500 premières entreprises chinoises sont des entreprises d’État [3]). Quelques traits particuliers peuvent être décrits : prééminence de l’État stratège dans la prise de décisions économiques ( barrage des Trois Gorges, nouvelles « routes de la soie » etc..),  importance accordée à des critères politiques ou sociétaux ou encore environnementaux dans les prises de décisions économiques (ambition chinoise d’assurer le leadership dans la lutte contre le réchauffement climatique, gestion de l’urbanisation croissante du pays avec parfois les dérives des villes fantômes vides ou des changements de destination de terres agricoles qui posent question, maintien d’entreprises d’État « zombies » surendettées ou en faillite[4]), façon dont la Chine assure son approvisionnement avec sa stratégie du donnant-donnant (d’après Jean-Yves Carfantan[5] le pays semble se vouloir moins prédateur que les « impérialistes » ou les « néocolonialistes ») ou même enfin l’existence d’un soft power qui par diverses voies loue le modèle chinois.

          Pourtant, ces mêmes traits suggèrent que l’État chinois, pragmatique, s’est largement inspiré de modèles antérieurs. Plusieurs exemples peuvent être trouvés, ailleurs, du rôle de l’État stratège : nous pouvons évoquer notamment le rôle de l’État français dans le développement du maillage ferroviaire du pays, celui des États-Unis avec la politique de grands travaux du New Deal ou enfin à la Planification mise en place après guerre pour assurer la Reconstruction puis le développement économique de la France. Par ailleurs, l’utilisation de la puissance économique au service d’ambitions géopolitiques n’est pas nouvelle : ce fut le cas lors de la création du système monétaire de Bretton Woods et de l’accord commercial du GATT à la fin de la guerre qui assurèrent la domination économique des ÉU dès la seconde moitié du XX°siècle. De même, les grands travaux voulus par F.D Roosevelt avaient pour but la résorption du chômage. D’autre part, la remarquable proximité des dirigeants politiques et économiques existe depuis longtemps dans notre pays (l’exemple des hauts fonctionnaires qui gagnent aujourd’hui le secteur privé est connu). Par ailleurs, la promotion de l’échange international plus équitable existe aussi dans l’UE (les divers accords de Lomé qui organisent les échanges avec la zone ACP). Enfin, l’Alliance française ou le Goethe Institut ont un rôle identique à celui des Instituts Confucius.

            Il paraît donc bien difficile de conceptualiser et donc de nommer l’actuel système économique chinois. L’unique démarcation entre ces types d’économies assez proches et dont les différences semblent s’atténuer au fur et à mesure semble tenir davantage de l’ordre politique et social que du seul domaine économique et financier puisque ainsi que nous l’avons abordé tout au long de cette étude (en reprenant les hypothèses de Marie-Claire Bergère[6]), le gouvernement de Pékin surveille de près toute libéralisation économique trop poussée qui pourrait entraîner selon lui, non sans fondements, à une évolution des mentalités et par conséquent un rejet du système politique global voire à susciter l’irruption d’une nouvelle révolution. Néanmoins, il semble que l’avenir le plus probable soit l’affirmation du système économique actuel chinois très proche de ce que l’on a longtemps nommé une économie mixte où cohabitent de grandes entreprises  privées  mais aussi le poids déterminant de l’État.



[1] Marie-Claire Bergère, Chine : le nouveau capitalisme d’État, Paris, Fayard, 2013.
[2] Jean François Huchet, « China Inc » : forces et limites de l’influence économique de la Chine. Hérodote-Revue de géographie et de géopolitique, Elsevier Masson/La Découverte, 2013, Économie et géopolitique, 2013/2014 (151), pp.164-185.
[3] Émilie Frenkiel,« La Chine n’est pas (encore) en crise. Entretien avec Jean-François Huchet », La vie des idées.fr, le 28 août 2015.
[4] Simon Leplâtre, « Les entreprises zombies hantent la Chine », Le Monde, Éco&Entreprise, 16 mars 2017, page 2.
[5] Jean-Yves Carfantan, Le défi chinois, Les nouvelles stratégies d’un géant, Le Seuil, 2014.
[6] Marie-Claire Bergère, op-cit, pages 19-20.

vendredi 21 avril 2017

poster 庆祝中华人民共和国成立二十五周年 "Célébrons le 25ème anniversaire de la République Populaire de Chine



庆祝中华人民共和国成立二十五周年 (qingzhu zhonhua renmin gongheguo chengli ershiwu zhounian) « Célébrons le 25ème anniversaire de la République Populaire de Chine » (1974)
Cette affiche célèbre le 25éme anniversaire de la proclamation de la République Populaire de Chine de 1949. Elle est datée de 1974. C’est le retour de Deng Xiao Ping depuis son exil. Il reprend progressivement ses fonctions au sein du parti communiste chinois et tente de nouvelles réformes économique.
 


La caractéristique marquante de cette affiche est les couleurs employées. Elles sont vives, diversifiées. Elles renouent avec l’imagerie du milieu des années 1950 et marque un arrêt avec le style brutal de périodes les plus sombres de la Révolution Culturelle qui venait d’avoir lieu et qui était marquée par du rouge et du noir très prononcé.
Tous les personnages sont heureux, avec de grands sourires, ils tapent dans les mains, ils dansent et ils font de la musique. On découvre beaucoup de costumes différents. Certains ont le vêtement militaire de l’armée rouge, d’autre des vêtements d’ouvrier, de paysan. Ce que l’on remarque davantage c’est la diversité des habits qui représentent les différentes catégories de travailleurs mais aussi d’origine ethnique. En arrière-plan à gauche, on retrouve plusieurs vêtements traditionnels ethniques, tel que les Coréens, les Tibétains, les Ouïgours, les Mongols, les Bai, les Hui (musulman chinois) ... Toutes ces personnes sont le reflet de la culture de la République populaire de Chine.
 
La couleur dominante de ce poster est le rouge de la lanterne qui symbolise le bonheur et l’espoir. Pendant la révolution culturelle, les lanternes comme de nombreux autres objets culturels ont été dépréciées et ont été interdits car ils symbolisaient la bourgeoisie. Son apparition dans cette affiche montre la fin de la Révolution Culturelle et un retour des cultures traditionnelles. On peut aussi distinguer sur la gauche du poster un personnage qui diffère des autres car il s’agit en effet d’un costume de danse traditionnelle pour la danse du lion. Cette danse est pour la plupart du temps associée au fêtes comme le nouvel an, l’ouverture de restaurant car elle apporte chance, bonheur, prospérité et chasse les mauvais esprits. Le lion a une allure féroce ce qui représente la dignité, la sagesse et le pouvoir mais y compris le pouvoir de faire peur et d’intimider les gens. On retrouve encore la réapparition des rites traditionnels. Autrement dit, les habits traditionnels ethniques, la danse du lion traditionnelle et la lanterne traditionnelle de festivité réaffirme un point final à la Révolution Culturelle.

Cette année 1974 marque aussi le discours de la théorie des trois mondes proposés par Deng Xiaoping devant l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies. Il affirme « Suivant l’enseignement de Mao, le gouvernement et le peuple chinois aident tous les peuples et toutes les nations opprimées dans leur lutte pour gagner ou défendre leur indépendance nationale, pour développer leur économie nationale et résister au colonialisme, à l’impérialisme et aux désirs d’hégémonie. » (10 avril 1974). Ce discours montre la ferme conviction que porte la Chine sur le peuple d’un pays, d’une nation. La Chine est un pays soudé par sa culture, sa population, ses traditions. Il l’affirme en fêtant ces 25 années de la République Populaire de Chine illustrées dans cette affiche.

Poster 龙凤呈祥 “ le dragon et le phénix sont de bons augures" 1959


龙凤呈祥 (龍鳳呈祥)
ˊˋˊˊlong feng cheng xiang
"Le dragon et le phénix sont de bons augures."
Illustration réalisé par Jiang Mi 江敉en février 1959représentant un phénix et un dragon et deux secteurs d’activités tel que l’agriculture et l’industrie

Dans la Chine traditionnelle le phénix et le dragon font partis des quatre animaux célestes, surnaturels et sont bénéfiques pour le pays. Le phénix se caractérise par une tête de cygne, une crête d’un coq, un bec d’hirondelle, le cou du serpent, et un corps de volaille. Ces partie du corps rappellent aussi les cinq qualité : la vertu, le devoir, le juste comportement au cour es rituel et la fiabilité mais également les corps céleste que sont le soleil, la lune, le vent et la terre  La petite différence présente sur cette représentation c’est la couleur jaune et la caractéristique de son corps en forme d'épis de blé. Dans cette représentation, le phénix sort d’une botte de paille illustrant le secteur agricole qui prospère en Chine sachant que l’agriculture est un cercle vertueux, que chaque année l’agriculture se renouvelle. Le phénix qui quant à lui se relève de ses cendres exprime le renouveau de l'agriculture. Le dragon symbolise beaucoup de chose. De par sa couleur rouge-sang, il est désigné comme étant le roi dragon des eaux de l’est et de l’ouest, du nord et du sud, appelé Chien Tang. Cette désignance fait de lui le protecteur des condition climatique, le gardien des eaux.


 Le fait qu’il possède cinq griffes, le plus grand nombres de griffes représenté dans la chine traditionnelle, elles étaient destinées à la famille impériale et respecté comme tel. Le dragon symbolise aussi le gardien des métaux précieux, des gemmes mais aussi des trésors enfouis, sa sortie du creuset montre que la chine traditionnelle est toujours présente, qu’elle veille sur son territoire et représente le secteur industriel en évolution. En outre l’année du dragon est une année propice aux affaires, à la réalisation personnelle et chasse les mauvais esprits.
Le phénix, le symbole de l’impératrice et le dragon, le symbole de l’empereur font référence au père et à la mère de la patrie mais symbolise aussi la communauté conjugale et une descendance nombreuse. Ces deux partie mise en échos à l’agriculture et à l’industrie reflètent que l’un de va pas sans l’autre. Il faut les deux pour évoluer, prospérer et s’agrandir. Ces deux secteurs de production sont les pionniers du développement de la Chine. On peut également observer à l’arrière-plan le développement agricole avec les rizières qui surplombe la colline, ainsi qu’un canal qui présente l’évolution du systèmes d’irrigations mise en place par le parti pour améliorer la distribution de l’eau pour les cultures.

On distingue sur l'ensemble du poster des fleurs par-ci et par-là. Il s'agit de fleur de pivoine qui symbolise aussi le yang et associé au phénix elles apportent un symbole de paix, de bonheur, mais en tant que fleur elle représente aussi le succés et l'honneur.


Les deux personnages centraux sont une femme et un homme en plein travaille. La femme soulève une botte de paille et l’homme soulève un creuset. La botte de paille et le creuset sont imposants et le fait qu’ils puissent les soulever démontre une force qu’il possède. Une force aussi bien bénéfique pour les hommes, pour les femmes que pour l’ensemble du peuple chinois. Le couple fait échos au dragon et au phénix. A travers cette représentation, le parti démontre la force d’un pays uni grâce l’exploitation des ressources propre au pays mais également la force centrale du pays qu’est le peuple chinois. Cette image est aisément compréhensible par le peuple. La politique de Mao mise en place pendant cette période appelé le Grand Bond en avant prône un règne de paix, un gouvernement d’une grande qualité, un pays « qui marche sur ses deux jambes »(Mao, 1959), l’agriculture et l’industrie aussi associé au yin et au yang de l’économie socialiste.

lundi 17 avril 2017

Analyse d’image : 1530 : 人民公社好


Résumé de l’analyse :



L’affiche des 人民公社好 n’est pas datée mais son slogan renvoie à la création des communes socialistes en 1958 lors du Grand bond en avant. Elle reprend dans une optique de propagande la notion d’unité. Une unité d’action, autour de laquelle s’organisent les personnages, accentués par l’utilisation de la symétrie. Une unité de but, également, où la prospérité et l’abondance s’expriment par la mise en scène de festivités. Une unité de pouvoir enfin, symbolisée par le portrait de Mao, placé au centre de l’affiche et de l’attention des protagonistes. Les caractères 人民公社好, sont mis en valeur dans ses nuances de rouges fidèles au parti communiste et forment la base de la composition ainsi que le début du cortège. La propagande magnifie le principe d’unité et par la même, la création des communes populaires tout en centralisant l’attention sur la figure d’un Mao, paternel paisible, chef de la nation.

Contexte historique :

Les communes populaires tiennent leur nom de la commune de Paris. Inspiré par la portée idéale, romanesque, du mouvement, le parti communisme s’approprie, pour entamer un processus de collectivisation des terres l’imaginaire d’une organisation communiste idyllique. C’est durant le Grand bond en avant, dans une optique de modernisation (reprise dans l’image par les tracteurs dessinés en haut à gauche et à droite de l’affiche), de hauts rendements basés sur la collectivisation des campagnes que Mao et son régime se lancent dans un processus mobilisant l’ensemble de la Chine. Cette course à la modernité et à la production de ressources premières abondante, a mobilisé des moyens humains considérables. On comprend donc ici que poussé par un besoin de production et de rendement croissant, l’accent soit mis sur l’action collective, le groupe, unis autours de Mao.

Analyse de la composition :

L’affiche ici étudiée se présente dans un format vertical. Elle décrit dans une vue d’ensemble une scène de festivité. L’action, délimitée par les silhouettes en mouvement des protagonistes, s’organise de manière uniforme et symétrique autour du centre de l’image de façon à attirer naturellement l’attention en ce point. Les personnages, en dépit de la diversité de leurs mouvements, composent un corps compact, néanmoins aéré, ou chacun trouve un espace d’expression. L’uniformité de la scène est renforcée par l’utilisation redondante de la symétrie qui s’exprime dans la parité du nombre de personnages et d’éléments présents de chaque côté de la figure centrale. Les orientations des regards, des gestes, des inclinaisons de chaque élément étant similaire pour chaque « couple » de personnages, mettent en exergue ce sentiment de parité et crée une lecture de l’action selon des niveaux verticaux.

Lecture de l’image :

Le centre de l’image, un cadre, contraste avec le reste de la scène qui se dessine dans des courbes (rubans, parures, silhouettes) et des mouvements. Il attire ainsi l’attention. Les différents niveaux d’actions (évoqués ci-dessus) ainsi que les regards dont la tendance est de s’incliner vers la droite (de l’affiche) créent des lignes de fuites qui font glisser l’action de ce côté. Reformant l’unité du tableau, trois protagonistes redirigent le spectateur dans la partie basse où un groupe compact de cinq jeunes filles forme la base de la composition.  Surplombées par des éléments plus imposants, les plateaux de vivres, le spectateur se concentre sur le message tenu par les demoiselles, et trouve une invitation à rejoindre le haut de l’affiche avec le mouvement aérien du dernier bras du cortège. L’attention ainsi dirigée remonte sur le côté du tableau pour finalement revenir sur la figure centrale.

Couleurs et traits : un cadre dans le cadre

Les couleurs accentuent ces mouvements d’observation. Le noyau de l’affiche que représente le cadre de Mao, se singularise par sa forme, mais surtout par sa couleur et son trait. Il apparaît évident que le cadre dans l’affiche est un tableau porté comme l’objet des festivités et est composé dans un style graphique différent. Les couleurs, blanc et vert, caractérisent-elles aussi ce cadre. Le vert clair qui est utilisé pour dessiner l’arrière-plan du « tableau », ne se retrouve qu’à cet emplacement et fait ainsi jouir le personnage de Mao d’une perspective qui le met en valeur. Enfin, le blanc qui fait écho au fond de l’affiche, et aux espaces vides entre les personnages est, là encore, un élément qui attire notre attention sur le personnage central. De manière générale, les couleurs du haut sont moins vives et plus froides. Bien qu’il y ait certaines teintes chaudes elles restent dans l’ensemble plus discrètes. Les couleurs du bas, à l’inverse, sont d’un rouge plus vif. Les personnages sont compacts, les éléments regroupés, et la présence des nuances autours d’un rouge abondant forme le socle de la composition qui représente près de la moitié de l’affiche. Le regard trouve ainsi une échappatoire à cette surcharge dans le tableau de Mao accentuant là encore son importance. Notons, enfin, que le style de dessin est bien différent des affiches classiques de propagande. Les traits sont fins, le dessin soigné. Il correspond à la création d’un univers doux, aux personnages joyeux et attachants accentuant le thème des festivités.

Codes et personnages :

Diversité, pluralité, abondance…


La principale caractéristique de l’affiche réside dans les différentes notions de pluralité, d’abondance et de diversité. Elle présente, en effet, des individus pluriels caractérisés par leurs costumes, leur ethnie, leurs attitudes, leur âge, leur sexe, leur position sociale et se fait le support de l’abondance en exprimant une dimension festive et fastueuse.

Une communauté :  La diversité unifiée

Cette diversité se trouve cependant unifiée et tient sa spécificité de cette unité. De par la composition de l’œuvre qui organise les personnages dans la symétrie, dans une orientation harmonieuse des regards ou des mouvements, on note que c’est autour des valeurs que s’agence l’unité. Les éléments aussi différents sont tous assimilés à la scène et participent ensemble à la construction d’une image. C’est dans leurs actions, dans leurs fonctions, dans leurs regroupements que tous ces personnages s’organisent, prennent un sens. L’abondance des singularités, des spécificités sont toutes transcendées dans l’unité, par la création d’une communauté.

Le principe d’unification : Communauté et commune

C’est donc dans la notion de regroupement, d’unification que la propagande exprime ses intentions. Le message posé comme un socle à l’affiche : 人民公社好, porté par des femmes qui forment un corps uniforme dévoile le but évident de celle-ci. La promotion des communes populaires. En présentant la communion comme source de prospérité ( sur l’un des poissons), comme valeur fondatrice d’un individu et d’une société, l’affiche remplit son rôle d’outil de propagande. Elle participe ainsi à la création d’un imaginaire joyeux autour de la figure de Mao et à la promotion des réformes de 1958 pour constituer les communes populaires du grand bond en avant.